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mardi 13 août 2013

La fabrique des homophobes

   D'abord, merci à Gaultier Bès (auteur du texte que je reproduis ci-dessous) d'avoir su passer sur l'agression dont il a été victime de la part de militants "gay", le 15 juin dernier à Lyon. Une telle agression aurait facilement pu le faire tomber dans ce qu'on appelle couramment l'homophobie. Il a su, au contraire, se garder de tout amalgame et distinguer soigneusement les personnes homosexuelles du petit clan idéologique qu'il dénonce ici. 
 
Ghetto gay ?
Le "gay" se veut à la fois marginal et normal...
    Gaultier Bès, 24 ans, est un des responsables du mouvement des Veilleurs. Je reproduis intégralement son article, originellement paru sur le site L'Alouette. Il montre d'abord le caractère contradictoire et absurde de l'idéologie gay (qui revendique à la fois la normalité et la marginalité), et ensuite, la conséquence de cette absurdité : pour exister malgré sa contradiction interne, la prétendue "communauté gay" a besoin d'un ennemi. Elle doit donc à tout prix susciter cet ennemi. Ce qu'elle fait d'une part en multipliant les provocations et les revendications de plus en plus outrancières (afin de susciter des réactions qui pourront être présentées comme "homophobes") et d'autre part en fantasmant largement sur le grand méchant Homophobe, épouvantail tenant à la fois du vieil Ogre de nos contes et du plus récent Adolf Hitler. 

   A la suite de ce billet, je donne encore des extraits de la réaction d'une lectrice, Marie Coulon. Elle touche elle aussi à des points décisifs.

Petite leçon LGBTQ à travers la Gay Pride de Lyon
   Au-delà de ce que j’ai ressenti comme une fête industrielle, débordante d’une joie factice, banale et triste, je crois discerner dans le phénomène de la Gay Pride un fait politique décisif. La mise en valeur de "fiertés" particulières dues à certaines pratiques sexuelles juxtaposées à la lutte proclamée contre les « phobies » correspondantes, elle-même mêlée à des réclamations de "droits" particuliers (en l’occurrence la PMA pour les couples de lesbiennes), tel est le principe étrange – et pour le moins paradoxal – de cette manifestation. Et c’est justement cet amalgame douteux qui est à mon sens le facteur le plus générateur d’"homophobie"…

Fier d’être normal ou d’être marginal ?
   Chaque Gay Pride repose sur une contradiction fondamentale. Il s’agit de donner une visibilité à l’homosexualité, à la culture qu’elle est censée produire, mais surtout de faire de la pub au business gay-friendly qui ne manque jamais de déployer son "arsenal commercial"[1]. Cette entreprise de « visibilisation » apparaît traversée par deux tensions contraires : la prétention à la normalité et l’affirmation d’une singularité. Proclamer une "fierté" est nécessairement un acte clivant, car qui dit "fierté" dit "appartenance", c’est-à-dire distinction, voire exclusion, ce qui tendrait à légitimer les sentiments de "honte", "jalousie", "regret", consécutifs à la non-appartenance.

    Alors que se multiplient médias, magasins, sites de rencontres, activités, clubs, etc. réservés aux personnes catégorisées comme LGBT, aggravant encore des fractures communautaires déjà bien installées au sein de la société, il est difficile d’accorder du crédit aux discours marquant la volonté des homosexuels de rejoindre la vie conjugale et sociale ordinaire. Comment comprendre qu’un gouvernement qui n’a que le mot « République » à la bouche et qui parle d’"arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel" laisse se renforcer, au point de soutenir, ces logiques communautaristes dont la Gay Pride est la vitrine ? Je ne m’explique pas que deux des principaux arguments en faveur de la loi Taubira aient été aussi discordants sans que personne ne s’en émeuve : d’une part, il nous faudrait accueillir les couples de même sexe dans la « maison commune » du mariage civil ; d’autre part, « Qu’est-ce que le mariage des homosexuels va enlever aux hétérosexuels ? ». C’est-à-dire dans un cas la prétention à l’assimilation républicaine, dans l’autre son contournement puisqu’on raisonne en catégories distinctes qui se partageraient des privilèges et des droits.

   Si les responsables LGBT voulaient vraiment entrer dans la "maison commune", encourageraient-ils un tel communautarisme sexuel ? Il existe par exemple un Syndicat National des Entreprises Gaies qui "assure la représentation et la défense des intérêts des entreprises adhérentes gay et gay-friendly". Il existe aussi une "boutique 100% gaie et lesbienne et fièr(e)s de l’être" en ligne, "achetergay.com", spécialisée dans "les produits rainbow, arc-en-ciel et identitaires pour tous les homosexuels". Sans oublier "le site des sexualités gay", "Prends-moi", qui a pour slogan : "la sexualité est un jeu". Consommer gay, lire gay, baiser gay, respirer gay… N’est-ce pas là une de ces dérives sectaires (au sens étymologique de séparatiste) qui s’opposent aux principes universalistes de la République ? Au lieu d’agrandir la "maison commune" de l’institution du mariage, la loi Taubira ébranlant ses fondations n’a fait que renforcer ses divisions : il est hélas de plus en plus visible que quelques personnes squattent l’immeuble sans s’acquitter des charges ni se soucier d’intégrer la copropriété… Le "mariage pour tous" n’est en réalité que le mariage de quelques uns imposé à tous, comme en témoigne le flop retentissant du "salon du mariage gay" (The G-Day) organisé le 23 juin à Paris : à peine 150 visiteurs, dont des couples homme/femme et des figurants, selon les commerçants furieux. En dépit des déclarations d’intentions, la logique clanique semble l’emporter, le « mariage » gay restera toujours gay, c’est-à-dire parodique, et se distinguera toujours en pratique du mariage entre un homme et une femme. Il restera la marque d’un caprice identitaire égocentré.

D’une fierté l’autre
   Il est notoire que les rangs de la Gay Pride sont largement composés de non-homosexuels. Et vu que les homosexuels qui s’y trouvent ne sont pas forcément très représentatifs, on peut légitimement se demander de quoi ces gens sont donc si fiers[2]. Assez largement, ce que le grand public perçoit des homosexualités contemporaines – diverses, complexes, mystérieuses – c’est cette foire LGBT annuelle où s’expose le marketing le plus agressif et où paradent côte à côte syndicats, partis de gauche (du NPA au PS), associations, médias et entreprises, tous espérant engranger quelques voix ou quelques sous, tous en mal de visibilité, et tous très « fiers » de marcher unis pour la procréation artificielle et la fabrication d’orphelins de père (« PMA pour toutes »)[3].

   Fierté pseudo-communautaire des pratiques sexuelles, fierté des stéréotypes (tenues criardes, grandes folles aux talons démesurés, exhibitionnisme…), fierté de la « branchitude », fierté de l’hédonisme jouisseur, fierté du consumérisme à outrance, etc. : autant de « fiertés » parallèles vides, toutes autocentrées, qui s’affichant se neutralisent. Autant de porte-parole autoproclamés qui accaparent les attentions, confisquent à leur profit la représentation médiatique et rejettent dans l’ombre tous ceux qui n’en sont pas. Tout est en place pour la confiscation par les LGBT de ce que certains appellent la « communauté » homosexuelle : qui ne se sent pas à l’aise dans cette marche n’a pas de quoi être fier. Ni de ce qu’il est ni de ce qu’il pense. D’ailleurs, l’Inter-LGBT pense très bien à sa place. Il n’existe pas, il est nié par ceux-là mêmes qui prétendent parler pour lui.

   Car toute exhibition a son envers : l’« invisibilisation » de ceux qui n’ayant pas l’âme moutonnière refusent de suivre les sbires de Pierre Bergé. Dans la foire d’empoigne médiatique, on n’existe jamais qu’au détriment des autres. Les porte-paroles officieux qui défilent seins et culs nus ou les porte-paroles officiels, tels Nicolas Gougain ou Caroline Fourest, incarnent-ils vraiment l’image que veulent donner d’elles-mêmes dans la société française les personnes homosexuelles ? La Gay Pride est l’arbre caricatural qui cache la forêt profonde, et cette imposture entretenue, il ne faut pas s’étonner que nos compatriotes s’en méfient de plus en plus.

La tartuffière : à communauté fantasmée, ennemi imaginaire
   La Gay Pride est une farce hypocrite. Elle noie le conflit de la revendication politique dans le carnaval de l’exhibition festive pour donner un visage non seulement humain mais jeune et cool à un projet qui l’est beaucoup moins. Philippe Murray a tout dit déjà là-dessus[4]. Mais la célébration des « fiertés » homosexuelles ne serait rien sans la peur. Il lui faut la condamnation des « phobies » parallèles, car qui dit « fierté » dit en retour « phobie », c’est-à-dire étymologiquement « peur morbide »[5]. Pour fabriquer de la fierté, il faut pouvoir délimiter un camp du Bien et un camp du Mal, il faut des repoussoirs. Ce seront donc les « phobes » : « barjots », « fachos », « cathos », ces néo-beaufs, tous acharnés à persécuter les « homos », parangons des vertus contemporaines. Et à chaque fierté sa phobie, et à chaque victime son bourreau : gayphobe, lesbophobe, transphobe, biphobe, etc. C’est ainsi qu’à la fierté dérisoire d’appartenir à une communauté fantasmée répond la fierté creuse de combattre des ennemis imaginaires. De la même manière que les « antifas » se comportent comme des fascistes, à force de lutter contre une chimère – ce « fascisme » protéiforme et sans cesse renaissant qu’ils voient partout où est remise en cause la marche lumineuse du progrès – les militants LGBT se décrédibilisent en traquant l’homophobie partout où un désaccord politique pointe.

   Autant on comprend très bien que le Comité d’Urgence Anti-Répression Homosexuelle ait manifesté en 1981 pour la dépénalisation de l’homosexualité, autant il est scandaleux que la revendication de « la PMA pour toutes » se fasse au nom de la lutte contre la « lesbophobie »[6]. L’illusion obsidionale qui menace chaque minorité – « Tout le monde nous veut du mal, nous sommes persécutés » – devient dangereuse pour tous quand elle sert de prétexte à des revendications partisanes. La stratégie victimaire est simple. J’ai le droit de me marier ou d’adopter, si tu n’es pas d’accord, c’est que tu ne m’aimes pas, donc que tu es homophobe. Si toi contre, toi phobe. Si toi phobe, toi malade, toi délinquant, toi dangereux. Pour noyer son chien, on l’accuse de la rage[7]. Si « le crime pédérastique aujourd’hui ne paie plus » (Brassens), la victimisation elle rapporte toujours. Ceux qui croient bon de jeter de l’huile sur le feu en criant à l’homophobie comme Pierre au loup gagneront peut-être sur le plan des politiques immédiates, mais risquent fort de perdre sur le long terme de l’acceptation des personnes homosexuelles, car on n’empêche pas impunément les gens de penser ce qu’ils veulent. Alors que nos amis LGBT prennent garde de ne pas subir le même sort que les éreuthophobes, ces malheureux qui rougissent d’autant plus qu’ils craignent de rougir.

   Lutter contre le rejet des personnes homosexuelles est juste, utile et nécessaire. Inventer de toutes pièces un ennemi imaginaire – le « phobe » – pour asseoir sa légitimité médiatico-politique et s’engraisser de subventions l’est moins[8]. Faire croire que les homosexuels ne sont que des jouisseurs hédonistes superficiels et fiers de l’être, telle est l’erreur fondamentale de la Gay Pride, l’erreur pour ainsi dire homophobigène – ou plus exactement LGBTphobigène… Les mêmes qui finissent par faire de l’homosexualité le principe du génie des Sapho, des Rimbaud, des Proust ou des Alan Turing, seraient peut-être mieux inspirés de nous montrer les créateurs, les artistes, les entrepreneurs homosexuels d’aujourd’hui. Alors comprendrions-nous sans doute mieux de quoi et pourquoi ces gens qui défilent sont si fiers[9]. Le philosophe Ivan Illich dénonçait les fausses-bonnes solutions qui aggravent les problèmes au lieu de les résoudre, observant que ce sont les lourdes pompes censées écoper le navire qui risquent de le faire couler. Supporterons-nous longtemps encore que la lutte subventionnée contre l’« homophobie » renforce ladite homophobie parmi le peuple de France ?
Gaultier Bès[10]



   Et comme annoncé, voici maintenant des extraits de la réaction d'une lectrice (Marie Coulon) : 

  
   Derrière la revendication de"fierté" et son carnaval de strings-panthère, se cache une profonde détresse, "honte", niée mais réelle chez de très nombreuses personnes homosexuelles. La mascarade sert justement à cacher cette détresse.

    [... ] L’homosexualité militante est ici dans le "comme si" : comme si on pouvait parler de sa sexualité en public, comme si la norme n’existait pas et n’était qu’une invention réactionnaire, comme si les fantasmes avaient à être publiés, comme si la réalité des fantasmes homosexuels (que des personnes non homosexuelles partagent, le fantasme étant comme le bon sens, partagé) faisait de nous tous "des homosexuels", comme si on pouvait être fier de s’exhiber ainsi dans les rues, comme s’il n’y avait pas de problème, comme si l’objectivation de l’autre et de soi n’était pas une forme de meurtre, etc. Tout tient dans le "comme si", qui va justement si bien avec le déni de la souffrance. Déni qui s’enracine dans ce qui est au coeur de l’homosexualité : le déni inconscient de la différence des sexes, vécue comme insupportable….

    Revenons donc à la détresse et à son déni : niée depuis toujours par les LGBT et consorts cette détresse est à présent légalement niée, impossible à "dire", sauf à entrer dans un conflit de loyauté du type : "Je suis malheureux d’être homosexuel mais je n’ai pas le droit de le penser, je dois en être fier et la loi qui soutient les représentants LGBT de ma communauté m’y oblige" .

    Il y a là une grande violence car non seulement la loi dit que la différence, qui existe, n’existe pas (ce qui rendra les gens un peu plus fous), mais en plus elle dit à présent que la souffrance n’existe pas. La dimension perverse de la loi Taubira apparaît ici clairement.

    Seul recours de LGBT face à la souffrance : dire que la souffrance homosexuelle est la faute des personnes normosexuelles ! Mais même là, on constatera rapidement qu’en fait c’est l’existence de la sexualité et de la sexuation qui pose problème aux personnes homosexuelles (et à d’autres !).[...]

   Sur le même sujet, voir :  


                - Le communautarisme gay dénoncé par un homo.

                - Un tract des Hommen dénonce l'imposture "gay".


[1] Jean-Sébastien Thirard, ancien président de l’association Lesbian & Gay Pride Paris : http://www.gaypride.fr/spip.php?article35.
[2] Fiers d’entrer dans la norme – c’est-à-dire en l’occurrence d’avoir désormais accès à l’institution « bourgeoise » qu’est le mariage selon Pierre Bergé – ou fiers d’être à la marge – c’est-à-dire de se « marier », de se trémousser, de consommer, de baiser, etc. d’une manière particulière ?
[3] Sous l’égide de la ville de Lyon et de la Région Rhône-Alpes, partenaires de l’événement…
[4] Quoique le subversif panneau « Tekno against Fachos » aurait peut-être réussi à l’étonner encore.
[5] Ainsi les arachnophobes ont-ils peur des araignées, les coulrophobes des clowns, les bélénophobes des épingles, les apéirophobes de l’infini. Et les homophobes alors ? Ont-ils peur (des « homos ») ou font-ils peur (aux homos) ?
[6] Il ne s’agit pas de relativiser la gravité de tel ou tel acte « homophobe », mais simplement de refuser de céder au réflexe victimaire en donnant une dimension politique et symbolique disproportionnée à de simples faits divers pour les récupérer à des fins idéologiques.
[7] D’ailleurs, si toi homo mais contre, toi phobe quand même, toi toiphobe.
[8] On pourrait d’ailleurs à cet égard demander des comptes précis à toutes ces associations financées par l’argent public, c’est-à-dire par le travail des Français et la dette de nos enfants. Quels résultats réels pour quel coût réel ?
[9] Il est vrai que révéler au grand jour la trahison par la « gauche » des milieux populaires au profit de certaines « minorités » qui imposent par le bruit leur visibilité ne joue pas non plus en faveur de la bonne réputation des lobbies LGBT dans le petit peuple qui souffre, relégué aux oubliettes médiatiques et politiques, pas plus d’ailleurs que leurs collusions respectives avec le marketing industriel. Jean-Sébastien Thirard reconnaît d’ailleurs lui-même qu’ « au milieu des années 80, les Lesbian & Gay Pride étaient devenues exclusivement commerciales ». Trente ans plus tard, la réalité du défilé, en dépit des communiqués de presse, reste bien moins politique que consumériste.
[10] Le fait que l’auteur de cet article se soit fait jovialement casser la gueule par de gentils extrémistes alors qu’il traversait la foule de la Gay Pride place Bellecour n’influe en rien sur l’article, puisque ces derniers – membres sans doute autoproclamés d’un service d’ordre informel – n’avaient objectivement pas grand-chose à voir avec l’immense majorité des manifestants.

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